La recette ci-dessous est inspirée par le souvenir d'une expédition normande excessivement glaciale pour ne pas dire glaciaire. Pas avec des températures du genre de celles que nous connaissons ces derniers mois. Ne nous en plaignons pas trop. Quoique. Quitte à choisir, je préfère un bon froid sec que ce temps mi-figue mi-raisin, humide, morbide. Fin du bulletin météo.
Pour peu que vous suiviez mes aventures culinaires, peut-être vous rappelez-vous du passage chez Alexandre Bourdas, au Sa.Qua.Na, Honfleur, qui marqua en beauté le premier jour de l'année 2009. Cela date, en effet. Revenons-y cependant, s’il vous plaît. Au delà de l’intermède gastronomique mémorable chez le chef doublement étoilé depuis, il avait bien fallu se sustenter ailleurs pendant notre séjour. Accolé au Sa.Qua.Na ou tout comme, il y a une crêperie, plutôt fameuse, qui s’appellerait moins La Crêperie que La Cidrerie. Et pour cause.
A « La Cidrerie, bar à cidre », les galettes et les crêpes sont secondaires, on l’a bien compris. En passant la porte presque dissimulée pour faire croire qu’on pénètre là dans un de ces bouges du port, on se retrouve dans le genre d’endroit que j’affectionne tout particulièrement : une vaste salle, sombre, plafond haut, pierre à nu, des tables et des chaises en bois de-ci de-là, une ambiance amicale, familiale, chahutante mais pas déplaisante du tout, on y rit aisément, un univers à mille strates de la maison étoilée voisine. A La Cidrerie, l’on y vient pour les crêpes et les galettes, presqu’aussi savoureuses qu’en Bretagne. Presque. Hé, faudrait voir à pas abuser nan plus ! L’on s’y presse aussi pour le galichot, cette galette très épaisse à base de farine de seigle et de froment qui se déguste à toute heure, qu’on appellerait ici crépiaux, ici blinis, ici pancake, ici kouign, avec les variantes locales et des habitudes de préparation autres. A La Cidrerie, l’on s’y serre chaleureusement surtout pour sa carte de cidres longue comme le bras, tous normands, cela va sans dire, pour ses poirés, pommeaux, poirineaux et calvados. Mais moi… j’y suis entré et revenu par deux fois, par trois fois, si ce n’est plus, je ne me souviens plus, pour tout autre chose. Quand vous errez sur la plage, les rues d’Honfleur, dans un froid sidérant (entre -13 °C et -7°C, en pleine journée, je me souviens très bien), vous ne rêvez que d’une chose, surtout en cette période de fête : un bon vin chaud ! Toutefois, point de vin chaud à La Cidrerie. C’est un bar à cidre, pensez donc. Ils ont donc la parade. Imparable. Un cidre chaud à ne pas piquer des vers, un cidre chaud qui a pour nom : le cidre épiscopal. Une tuerie. Je vous laisse découvrir pour quoi… On ne s’ennuyait guère à l’archevêché, semble-t-il !
Cidre chaud dit épiscopal (comme à Honfleur ou pas loin)
Ceux et celles qui ont assisté à notre démonstration soissonnaise, il y a quelques jours, trépignaient, je le sais, de retrouver dans ces pages la recette du cidre chaud servi pour... patienter, si l’on veut bien voir les choses sous cet angle. ^_^
Voilà qui corrige le tir.
Ingrédients (pour deux douzaines de petits godets)
1 bouteille de cidre brut fermier non pasteurisé ; 2 cuillères à soupe bombées de miel toute fleur ou de cassonade ; 1 morceau de gingembre frais ; 1 clou de girofle ; 1 clou ou un bâton de cannelle ; 1 étoile de badiane ; 1 grain de poivre noir ; 1 grain de coriandre ; 1 gousse de cardamome verte ; 1 généreuse lichette de calvados (pas si facultative que cela ; toutefois, sans, le résultat est délicieux également avec un taux d'alcool à 0°) ; 1 orange non traitée (facultatif)
Marche à suivre
Préparez tous les ingrédients, avant de vous lancer. Veillez à éplucher le gingembre frais et à le découper en rondelle. Lavez et essuyez la peau de l’orange, prélevez quelques morceaux de zeste (1 pincée à peine), puis épluchez-la à vif pour prélever les quartiers.
Débouchez la bouteille de cidre. Appréciez le POP ! si significatif et musical.
Dans une casserole, versez le cidre, ajoutez miel/sucre, épices, gingembre, ainsi que la pincée de zeste d’orange et les quartiers d’orange. Portez le tout doucement à ébullition, baissez le feu et laissez frémir pendant dix minutes. Retirez du feu et réservez pendant dix nouvelles minutes. Filtrez le liquide. S’il a trop refroidi, réchauffez le cidre à petit feu pendant deux ou trois minutes. A la dernière seconde, avant de servir, ajoutez une généreuse rasade de calvados au cidre chaud. Mélangez et versez à la louche dans de petits godets ou des verres à calva.
Une bonne adresse, dites-vous ?La Cidrerie
26, place Hamelin
14600 Honfleur
+33 (0)2 31 89 59 85
http://creperie-lacidrerie-honfleur.com/
Bon, maintenant, buvez, cela doit être moins chaud. Mais pas d’abus ou pas de volant derrière. On reste au chaud.
Au fait, pendant que j'y pense !...
Je voulais vous parler aussi de photographie culinaire. Encore. Comme s'il n'y en avait jamais assez.
Peut-être savez-vous que le mois dernier se tenait à Paris le Festival International de la Photographie Culinaire.
Rappelez-vous, j'avais été juge et parti, auprès de la photographe Isabelle Rozenbaum, pour le prix des blogueurs en 2010. Le prix avait consacré Emilie (Griottes, palette culinaire) pour ses magnifiques images végétales.
Pour la session 2011, la cuisine de rue, si chère à Thierry Marx, était à l'honneur ; le chef du Cordeillan-Bages, à Pauillac (33), en a d'ailleurs présidé la remise des prix.
Si j'ai dans l'ensemble moins aimé les participations de cette année, il y avait encore et toujours de très belles réalisations. Ainsi, j'ai applaudi sans mesure l'annonce du Grand Prix du Festival, attribué précisément à Isabelle (à voir : ici). Des talents se sont aussi confirmés, à mon goût. Oui, à mon goût uniquement. Car, ce que l'on pouvait s'attendre à voir d'un tel sujet photographique - la street food -, c'était une présence marquée de l'humain. Hors, à regarder nombre de photographies, l'homme semblait avoir déserté les studios. Telles sur les images sorties de l'objectif d'Erwan Fournier Le Ray (à voir : ici), dont j'aime énormément la froideur et l'esthétisme épuré à l'extrême. Je vous l'ai dit, c'est un choix tout à fait personnel.
Le FIPC version 2011 a donc célébré et honoré le geste culinaire, objet de transmission, objet de rites, de traditions ou juste de plaisir, que la photographie enregistre à tout jamais. Vous comprendrez d'autant mieux, mes quelques essais photos ci-dessus. Je me prépare. Je m'entraîne. Car en février, je participerais à l'atelier photographique organisé par Isabelle Rozenbaum et Stéphanie Biteau au Cookcoon, petit paradis parisien situé en plein cœur du 9ème arrondissement, sur le thème du geste culinaire. J'ai hâte.
Sachez qu'il reste des places. Alors, armez-vous de votre appareil photo et rejoignez-nous !
Les dates ?
- vendredi 03/02/2012 : Niveau 2, le geste en cuisine
- samedi 04/02/2012 : Niveau 1, initiation à la photographie gourmande
Le lieu ? Cookcoon, 9 rue fromentin 75009 Paris
Des renseignements complémentaires ? http://www.cookcooning.com/
A bientôt,

